Nathan le sage de Gotthold Ephraïm Lessing

Production: compagnie de L'Arbre d'Ornacieux

Coproductions: compagnies Zumaï, Atia et Résonnances d'Avignon, Espace Paul Jargot à Crolles

Soutiens: L'Autre Scène de Vedène, Service culturel de La Tour du Pin, le Département de l'Isère

Traduction et adaptation : Christophe VIC , Jeanne GUILLON,

Aurélien DELSAUX

Mise en scène et scénographie: Aurélien DELSAUX

Assistant  mise en scène et dramaturgie: Christophe VIC

 

Distribution:

Jean Michel BAYARD: Nathan / Le patriarche

Emilie BOURDELLOT: Récha

Jeanne GUILLON: Daja / Sitha

Raymond JOUVIN: Saladin

Christophe VIC: Al Hafi / Le moine

Guillaume VIVIER: Le templier

Création Lumières: Laurent BASSO

Création à l'Espace Paul Jargot à Crolles (38) le 17 janvier 2019

 14h: représentation scolaires et 20h30 représentation tous publics.

Valence: Théâtre de la Ville

14h: représentation scolaires et 20h30 représentation tous publics.

L'argument

Jérusalem "au temps des croisades" c'est à dire en temps de guerre

Une maison en flammes

Un jeune templier s'y est précipité, en a sauvé Récha, la fille de Nathan, un riche marchand juif.

Nathan rentre de voyage et cherche depuis à connaître l'identité du templier, à comprendre pourquoi il a été épargné par Saladin, à savoir pourquoi il a sauvé sa fille.

Mais Nathan est convoqué par le sultan Saladin, endetté, qui a besoin de son argent, qui lui tend un piège en lui demandant de répondre à cette question: Des trois religions monothéistes, quelle est la vraie?

C'est dans ce face à face attendu entre musulman et juif, mais aussi entre roi et sujet, au milieu exacte de la pièce, que Nathan raconte la parabole des trois anneaux, qui invite tous les croyants à ne rivaliser que d'amour.

Toute la pièce bien sûr va incarner cette parabole, mais bien plus, à partir de là, de dévoilements en révélations, elle va remettre en cause l'identité de chacun (pas seulement religieuse).

À la fin, le théâtre est un songe raconté par un sage à des fous, et il ne nous montre plus que ce qu'il est: la réunion heureuse d'êtres humains.

Lumières

 

Dans ces temps de violence "au nom de la religion" , pour s'opposer à ceux qui en Occident promettent et jouent "le choc des civilisations", le théâtre a quelque chose à dire et doit le dire: il est urgent de faire entendre et réentendre un des textes dramatiques majeurs des Lumières Européennes, véritable arme de paix.

La pièce de Lessing présente un double mérite philosophique pour comprendre ce qui nous arrive: elle ne nie pas l'importance culturelle des religions, elle montre même à quel point la religion n'est qu'un habit (puisque l'on y voit bien que l'habit fait et ne fait pas le moine) . Mais sa force est de reconnaître, via le conte de l'anneau mais aussi avec l'ensemble de la pièce où chacun apporte un élément de la révélation finale tout en rivalisant de générosité et d'amour, qu'il y a sans doute bien une vérité, un sens à la présence humaine, mais que la raison humaine ne peut déterminer ce qu'il en est.

Troubles identités

On ne choisit pas le lieu ni la famille où l'on naît! Dès la naissance, on endosse les habits qui nous sont imposés et ceux-ci sont un élément déterminant de notre identité.

Ce questionnement sur l'identité donne dans l'ultra contemporain.

A l'heure de la réaffirmation sauvage des identités, la pièce se plaît à détruire l'identité de chaque personnage: religieuse bien sûr mais aussi sociale, familiale et sexuelle.

Ce que la pièce nous dit, avant comme après Freud, c'est que nous ne savons pas qui nous sommes, qu'il ne nous appartient pas de le choisir (comme on choisit un vêtement dans le placard), mais que la révélation du mystère que nous sommes pour nous-mêmes est possible: à condition d'abord d'entrer en relation les uns avec les autres, de faire théâtre.

Alors le théâtre devient  bien là le lieu où l'on voit, où l'on se voit, où l'on se découvre.

 

On voit bien qu'il ne s'agit pas pour Lessing de faire une peinture réaliste des comportements entre Gens du Livre dans la Jérusalem du XIIème siècle: La pièce les voit rivaliser d'amour, comme sont appelés à le faire les frères du conte de l'anneau, jusqu'à la fin où tous se découvrent d'un même sang , d'une même humanité. La reconnaissance finale entre le frère et la sœur, le neveu et l'oncle, unissant la juive, le chrétien et le musulman est une reconnaissance de comédie, où tout est bien qui finit bien, presque de carnaval, quand les masques tombent.

Si la religion qui les fait si différents n'est qu'un habit, une illusion, (un jeu terrible ?), c'est que leur identité véritable est en-deçà ou au-delà. Or c'est dans une autre dimension que celle-ci nous est révélée: celle du songe.

Cette thématique baroque du Théatrum mundi où la vie est un songe, où la vérité de la vie se révèle dans le songe, est une des clefs essentielles de compréhension de la pièce.

Là est la vérité de la pièce: le rêve d'unité entre les hommes par delà l'habit de leurs religions est certes un rêve dans les déchirements du monde, mais c'est un rêve nécessaire. Un rêve qu'il nous faut dire si l'on ne veut pas que le monde craque et que tout se défasse et que nous nous entretuions pour des habits et des illusions.

Au cauchemar qui se raconte partout ailleurs (la théorie du "choc des civilisations" n'est jamais qu'un cauchemar dit à haute voix)

nous devons opposer le rêve partagé, le rêve nécessaire que permet le théâtre, que montre Nathan.

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